Fiche 12 · Vivre l’ambivalence : aimer, protéger, douter
Dans ces situations, on peut ressentir deux choses vraies en même temps : amour et irritation, soulagement et tristesse, confiance et méfiance, envie d’aider et envie de fuir. Ce mélange est fréquent. Le risque, c’est de le transformer en faute personnelle ou en preuve contre quelqu’un.
Repère : l’ambivalence est un signal de complexité. Ce n’est pas une faiblesse.
Cette fiche ne traite pas du deuil invisible (voir Fiche 11) ni de la culpabilité silencieuse (voir Fiche 20), mais de la coexistence de sentiments et d’élans contradictoires qui peut apparaître même quand les intentions sont bonnes.
Pourquoi l’ambivalence apparaît
Les mesures de protection touchent à des zones sensibles : pouvoir, sécurité, argent, autonomie, dignité, liens. Elles réactivent parfois des histoires anciennes, des peurs, et des attentes implicites.
- Incertitude : on ne sait pas ce qui va arriver, ni sur quel horizon.
- Pression : décisions rapides, langage juridique, fatigue.
- Rôles flous : qui fait quoi, qui décide sur quoi (voir Fiche 1).
- Lien fragile : peur de perdre l’accès, peur de « mal faire ».
Formes fréquentes (exemples)
- « Je veux aider… mais je me sens envahi ou utilisé. »
- « Je suis soulagé qu’un cadre existe… mais j’ai peur d’être mis à l’écart. »
- « Je fais confiance… mais certains détails me dérangent. »
- « Je veux protéger… mais je crains de contrôler. »
Risques si on la nie
- Rigidité : tout devient noir ou blanc, sans zone grise.
- Culpabilité : « je suis une mauvaise personne » (voir Fiche 20).
- Escalade : on attaque pour ne plus sentir le mélange intérieur.
- Retrait : on se coupe pour ne plus ressentir, ou pour ne pas « compliquer ».
Repères pour la traverser
- Nommer deux vérités : « Je tiens au lien ET je suis épuisé. »
- Revenir au tri : faits / inquiétudes / interprétations (voir Fiche 9).
- Choisir une demande simple plutôt qu’un verdict : une modalité claire, révisable, à petite échelle.
- Protéger un minimum relationnel : une fréquence de contact stable, réaliste, tenable.
Astuce : l’ambivalence baisse souvent quand on ajoute de la clarté (rôles, modalités, et une date de révision).
Important
Cette fiche aide à reconnaître l’ambivalence pour éviter qu’elle se transforme en culpabilité, rigidité ou rupture. Elle ne remplace pas un accompagnement juridique, psychosocial ou clinique.