Fiche 17 · Qui a le droit de parler
Dans les situations de protection, un glissement fréquent apparaît : la parole devient un territoire. Qui a le droit d’appeler, de demander, de rencontrer, d’être informé, de dire son inquiétude. Quand la parole est filtrée, la tension augmente et les liens se fragilisent.
Repère : un rôle légal encadre certaines décisions. Il ne devrait pas effacer la dignité relationnelle ni réduire la circulation minimale d’information.
Cette fiche traite de la circulation : qui peut parler à qui, sur quoi, et comment l’information circule. Elle se distingue de la place vécue par la personne (voir Fiche 4) et des limites d’un rôle (voir Fiche 7).
Signes que la parole est filtrée
Pris isolément, ces signes peuvent sembler anodins. C’est leur répétition et leur durée qui transforment la parole en enjeu de pouvoir relationnel.
- On vous dit : « Ça ne te regarde pas », sans préciser ce qui est réellement couvert.
- Tout doit passer par une seule personne, sans alternative claire.
- Les demandes simples deviennent des « attaques » ou des « intrusions ».
- La personne concernée n’est pas consultée, ou on parle systématiquement pour elle.
- Les informations arrivent tard, sans contexte, ou pas du tout.
- Les modalités changent sans explication : ce qui était possible hier ne l’est plus aujourd’hui.
Astuce : ce n’est pas “tout ou rien”. Souvent, le problème est l’absence de critères simples et stables.
Confusions fréquentes
- Rôle légal = pouvoir relationnel : décider qui peut voir qui, parler à qui.
- Inquiétude = intention : « si tu poses des questions, tu veux contrôler ».
- Protection = silence : « pour ne pas stresser, on ne dit rien ».
- Cadre = tout : élargir les limites au-delà du nécessaire (voir Fiche 7).
Repère : filtrer la parole peut calmer à court terme, mais fragilise presque toujours à long terme.
Effets sur la personne et les proches
- Perte de voix : la personne devient un objet de discussion (voir Fiche 4).
- Méfiance : le non-dit produit des interprétations (voir Fiche 9).
- Isolement relationnel : accès filtré, contacts imprévisibles (voir Fiche 2).
- Escalade : on se bat pour exister plutôt que pour comprendre.
Repère : quand l’information est rare, les hypothèses prennent toute la place. Revenir à une circulation minimale diminue souvent la tension.
Rétablir un minimum de circulation
L’objectif n’est pas que tout circule, ni que tout le monde décide. L’objectif est un minimum clair, stable et révisable : de quoi préserver le lien et réduire les malentendus.
- Clarifier : qui est désigné, sur quoi, et quelles informations peuvent circuler (et à qui).
- Stabiliser : une modalité simple et prévisible de contact (appel, visite, message après rendez-vous).
- Nommer l’objet : une question à la fois (ex. modalités d’appel), plutôt qu’un conflit global.
- Documenter : résumés courts, dates, décisions, et moment de révision.
- Fixer une date de révision : par exemple dans 2 à 4 semaines, avec des signes simples de “mieux” ou “moins bien”.
- Garder la personne au centre : ses préférences doivent être entendues quand c’est possible.
Phrase utile : « Je ne demande pas tout. Je demande un minimum clair et stable pour préserver le lien. »
Si ça dérape vite : revenez aux faits et à une demande simple (voir Fiche 5 et Fiche 9).
Mini-cadre en 5 lignes
Objectif : rendre la circulation plus claire et plus respirable, sans tout ouvrir ni tout fermer.
- Qui contacte qui (canal) : ____
- Information minimale à partager : ____
- Modalité stable (appel/visite/fréquence) : ____
- Trace courte (résumé en 5 lignes) : ____
- Date de révision : ____
Astuce : un minimum clair vaut mieux qu’un grand principe flou.
Important
Cette fiche vise à repérer les filtrages de parole qui abîment la confiance et à réintroduire de la clarté sans transformer la situation en bras de fer. Elle ne remplace pas un accompagnement juridique, psychosocial ou clinique.